Les bornes du chemin de la vie

Publié le par Ysia

Les bornes du chemin de la vie
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Retour à la biologie du commencement...

Les bornes du chemin de la vie
Les bornes du chemin de la vie

Using cairns to mark trails occurs around the world, from far north in the Artic south into Argentina; from the Himalayas to the shores of the seven seas; from the deserts of Arabia to the forest of the Amazon. There are tugong bula of Borneo, the alamat of Egypt, the milladoiro of Galicia, the ahu of Hawaii, the mana'shunpi of the Hopi, the varda of Iceland, the isivivane of the Zulu, to name a few.

Cairns : messengers in stone / David B. Williams, The mountaineers Books,p.11

« Serpopards »

Manifestations chthoniennes,

Formes simiennes aux cous enlacés

Éléments de chaos que l’ordre unificateur tente de dompter,

Animaux hybrides qui rappellent ceux de la Chine ancienne,

Équilibre fantastique entre Ordre et Chaos

Fuxi et Nüwa

Yin et Yang

Cosmos.

Pour déterminer l'origine de Fuxi et Nüwa, il faut examiner leur personnalité. On s'aperçoit alors très vite qu'ils présentent des points communs avec les jumeaux germaniques. Fuxi passe pour être le fils de l'esprit du Tonnerre, Fenglong, qui vit dans le marais du Tonnerre. Nous savons qu'il est identique à Huangdi, la fonne chinoise d'Ylaifiükte. Fuxi est aussi appelé Taihao, le Suprême Eclat, or Baldr, fils d'Odin, habite une résidence appelée le Vaste Eclat. Les Chinois ont attribué un «empereur» à chaque direction (les quatre points cardinaux et le centre). Huangdi est le souverain du centre et Taihao est le souverain de l'est, la direction où le soleil se lève. Ce choix ne paraît pas avoir été arbitraire.
Fuxi et Nüwa sont frère et soeur. A une époque tardive, ils ont été considérés comme époux. Nüwa préside aux mariages et elle donne des enfants. Elle est donc une déesse de la fécondité, comme Freyia Cette dernière est identique à Frigg, l'épouse d'Odin, qui est la protectrice du mariage et de la maternité. Les femmes en travail devaient l'invoquer. Le nom de Frigg est de même origine que celui de l'allemande Frija, et il signifie« Bien-aimée », où le verbe « aimer» est pris avec son sens charnel...Une tradition qui s'est imposée vers le deuxième ou le troisième siècle de notre ère voulait que Fuxi ait été le premier souverain de la Chine. Son successeur fut Nüwa, puis ce fut au tour de Shennong. ensemble, ils formaient les Trois Augustes.
Selon les textes chinois, Shennong avait une fille. Un jour, en se promenant près de la mer Orientale, elle se noya. Elle devint un oiseau appeléjingwei d'après le cri qu'il poussait. Il ressemblait à un corbeau, avec un bec blanc et des pattes rouges, et il amenait constamment des cailloux et des rameaux des monts Occidentaux pour les jeter dans la mer Orientale afin de la combler. Les commentateurs chinois pensent généralement que c'était son âme seule qui
s'était transformée en un oiseau. Cette fille s'appelait Nüwa La syllabe wa ne s'écrit pas ici avec le même caractère que dans le nom de la soeur de Fuxi, mais il n'est pas impossible que les ChiIiois aient utilisé deux caractères différents pour transcrire une syllabe étrangère. La déesse Freyia pouvait prendre la
fonne d'un faucon. Cette faculté, que possédait également Odin, était de nature chamanique : l'âme du chaman était capable de quitter son corps, qui restait comme mort, sous la forme d'un animal. Deux corbeaux, perchés sur les épaules d'Odin et qui s'appelaient Pensée et Mémoire, s'envolaient pour lui rapporter ce qui se passait dans le monde... Rien, dans la mythologie chinoise, ne permet d'expliquer la présence de portraits de Fuxi et Nüwa dans les tombes. On la comprend si l'on se tourne vers la Scandinavie: Freyr et
Freyia étaient des dieux des morts. L'association des morts avec la fertilité-fécondité est une caractéristique importante de la religion scandinave. Yama, équivalent indien de Freyr, est surtout connu pour être le roi des morts. Les textes chinois nous apprennent que Fuxi avait une longue barbe. Puisqu'il avait
une queue (ou un corps) de serpent, il était un serpent barbu, or de tels animaux existent dans la mythologie des Hittites et ils représentent le monde souterrain, les Enfers. Les serpents barbus sont également fréquents dans la mythologie grecque. Il n'existe pas de relation connue entre Freyr et les serpents, mais peut-être est-ce dû au fait que les témoignages dont nous disposons sur ce dieu sont trop tardifs. Dans les pétroglyphes scandinaves de l'âge du bronze, qui va de -1500 à -400, les serpents sont très fréquemment représentés, et ils sont souvent associés aux bateaux. Comme Niord, Freyr était en relation avec les bateaux: il possédait un bateau merveilleux, Skidbladnir «Celui qui est formé de fines planches de bois», d'une grande taille
mais que l'on pouvait plier comme un linge pour le ranger dans une bourse...
Le serpent vit dans la terre, or les morts l'habitent également, et c'est la terre qui nourrit les plantes. Ainsi s'explique la relation entre cet animal, les morts et la fertilité-fécondité. On pourrait penser qu'une telle conception a existé en Chine, indépendamment de toute influence étrangère, mais ·ce n'est pas certain. Dans la Chine ancienne, le serpent était un symbole de féminité. L'empereur mythique Shun avait pour nom personnel Zhonghua, or zhong et hua se réfèrent respectivement aux clans du serpent et de l'oiseau, ceux de sa mère et de son père. Nous trouvons ici un thème commun à de nombreux peuples de l'Extrême-Orient, qui n'a absolument rien d'indo-européen: celui de l'oiseau mâle et du serpent femelle. Les deux soleils représentés sur les peintures tourfanaises correspondent très probablement au Soleil du Ciel et au Soleil de la Terre des textes hittites. Les Indo-Européens avaient la conception d'un ciel carré et d'une terre ronde. On la trouve par exemple en Inde.
Selon la cosmologie scandinave, quatre nains supportent le ciel carré. Par conséquent, l'équerre, tenue par un homme, symbolise le ciel masculin et le compas, tenu par une femme, symbolise la terre féminine. Dans ces peintures, l'association des queues de serpent et des deux soleils est tout à
fait remarquable. Elle illustre la dualité des jumeaux, qui ont un aspect chthonien (en rapport avec la fertilité-fécondité) et solaire. Selon le Mu tianzi zhuan, au 244ème jour de son voyage, le roi Mu des Zhou arriva chez
un peuple qui s'appelait les Caonu (nom comprenant la même syllabe nu que celui des Xiongnu). Ces gens vivaient près de la rivière Yang, qui se trouvait probablement au Gansu. Ils offrirent au roi Mu 900 excellents chevaux, 7000 boeufs et moutons et 100 charretées de grains de millet. Leur chef s'appelait Xi. C'était le nom du clan des descendants de Fuxi.Ce dieu avait donc des étrangers pour descendants, ce qui peut indiquer qu'il était lui-même étranger. Ces arguments sont suffisants pour conclure que Fuxi et Nüwa sont d'origine
tokharienne. Les Caonu devaient être des Tokhariens qui se donnaient Fuxi pour ancêtre. Une origine étrangère de ces deux divinités a déjà été supposée par Chantal Zheng. Elle a remarqué que: «Il est assez clair que Fuxi et Nügua n'apparaissent pas systématiquement dans les chroniques chinoises pré-Han »102. Elle les faisait cependant venir de la Chine du Sud. Il existe une autre raison de penser qu'ils ne sont pas chinois: c'est un couple incestueux de
frère et soeur~ or un dieu chinois, Zhuanxu, qui a enseigné les rites aux hommes, a condamné à mourir de faim et de froid un frère et une soeur qui s'étaient unis. C'est non seulement l'inceste qui est condamné en Chine, mais aussi l'endogamie. Un homme et une femme ne se marient pas s'ils portent le même nom de famille, même s'il n'y a aucun lien de parenté entre eux.
Fuxi et Nüwa, sous leur aspect solaire, sont identiques aux chiens blancs, mâle et femelle, qui sont les ancêtres des Rong-Chiens. Puisqu'ils ont des queues de serpent, ils sont susceptibles d'appartenir à la race des dragons, or les Chinois représentent généralement Fuxi avec un corps de dragon et une tête d'homme, comme Fenglong, son père. Si l'on remplace la tête d'homme par une tête de chien, on obtient un dragon-chien qui est probablement illustré par le cabochon de Djoumboulak Koum. Puisque Huangdi, Fuxi et Nüwa sont d'origine tokharienne et qu'ils ont des liens de parenté avec Shennong, celui-ci doit également être tokharien. Son existence n'est pas attestée chez les Tokhariens, mais on peut quand même faire une observation. Dans la Chine antique, il y avait une très importante fête de la moisson, les Bazha «Huit Sacrifices ». Elle clôturait les travaux agricoles et comprenait des sacrifices aux ancêtres et aux dieux protecteurs de la maison...Les Koutchéens
n'ont pas pu emprunter le mot rap aux Chinois, car à l'époque où les Chinois étaient susceptibles de le prononcer avec un r roulé, il n'y avait sûrement pas d'influence chinoise dans le bassin du Tarim. Ce sont donc les Chinois qui l'ont emprunté aux Tokhariens, or les Bazha passent pour avoir été institués par Shennong. On peut envisager deux possibilités : soit les Bazha proviennent du monde tokharien, soit ils constituent une fête purement chinoise, mais en s'installant chez les Chinois, Shennong s'est attribué indûment la création de cette fête. Shennong et le tokharien *rap sont peut-être arrivés simultanément en Chine. Shennong est un dieu du Feu. De là, vient son deuxième nom de Yandi. Les Chinois lui ont adjoint Zhurong, qui passe pour avoir été le directeur du Feu sous le règne de Ku. Quand Zhurong mourut, il devint l'esprit du Feu. Les Chinois ont fait de Yandi le souverain du sud et ils l'ont associé à la couleur rouge et à l'été. Le dieu scandinave Niord, qui correspond à Shennong, a également un rapport avec le feu, car selon Snorri, « n a pouvoir sur la marche du vent, et il calme la mer et le feu »...Comme Shennong était un dieu du Feu, il se pourrait qu'il ait été un sacrificateur comme Vivasvat, or les Chinois appliquent le terme là au sacrifice de :fin d'année. Il y aurait donc bien un rapport entre Shennong et le tokharien *rap.
Les Chinois y sont arrivés à la fin du deuxième siècle avant· notre ère. Il n'y avait plus de r roulé dans leur langue, et c'est pourquoi ils ont transformé le nom du Kroraina en ·glu-glâ~ ce qui est devenu Loulan en chinois
moderne. Comment se fait-il que dans la mythologie chinoise, Shennong puisse être le père de Nüwa alors que Huangdi est le père de Fuxi, qui est le frère de Nüwa ? Serait-il possible que Nfiwa, fille de Shennong, et Fuxi, fils de Huangdi, n'aient pas été empruntés aux mêmes peuples tokhariens? Une autre explication est envisageable: les femmes tokhariennes pouvaient être polyandres. Nous avons vu que plusieurs siècles avant notre ère, les
Tourfanaises portaient des chapeaux à très hautes pointes. On a trouvé une femme portant un chapeau à deux pointes, ce qui signifie, pour certains archéologues, qu'elle avait deux maris. Ce sont sans doute les coutumes des Hephthalites qui les ont conduits à cette hypothèse. Si l'on croit les textes chinois qui nous disent que les Hephthalites étaient de la race des Grands Yuezhi et si l'on admet que les Yuezhi étaient des Tokhariens, on trouve que
les Hephthalites étaient tokhariens, or leurs femmes pouvaient épouser plusieurs frères. Elles mettaient à leurs chapeaux autant de «cornes» qu'elles avaient de maris et leurs enfants étaient considérés comme ceux du frère aîné. Bien sûr, quand une femme a plusieurs maris, on ne peut pas savoir qui est le père véritable de ses enfants. n importe de signaler que la polyandrie a existé ailleurs dans le monde indo-européen... Les Tibétains sont également polyandres. Puisqu'ils ont longtemps été les voisins des Tokhariens, il est peu probable que cette coutume ait été sans rapport avec la polyandrie
tokharienne. Un groupe de frères épouse une femme unique et leurs enfants sont considérés comme ceux de l'aîné. C'est d'ailleurs lui seul qui choisit la femme et un rituel unique consacre le mariage. L'habitat définit le groupe de frères: si Un frère cadet s'établit dans une autre maison, il n'est plus membre du groupe. Une coutume similaire existait chez les Tokhariens... Le fait que Huangdi soit le père de Fuxi n'empêche pas Shennong d'être le père de Nüwa, si Huangdi et Shennong sont frères. Etre frères implique d'avoir la même mère,
mais pas d'avoir le même père. C'est peut-être la signification profonde de ce renseignement donné par. le Yishi: «Yandi partageait la même mère que Huangdi, mais il n'avait pas le même père». En d'autres termes, leur mère était polyandre. Pour la même raison, sans doute, les Koutchéens ne se disaient jamais «fils d'Untel », contrairement à d'autres Indo-Européens... Fuxi et Nüwa possèdent des caractéristiques étrangères aux jumeaux germaniques ou
indiens, mais qu'il est possible d'expliquer. La création des hommes a été attribuée à Nüwa. Elle commença par prendre de la boue au bord d'un étang pour la façonner. Comme c'était trop long, elle trempa une liane dans la boue et la secoua. Les particules qui en tombèrent devinrent des hommes, mais ils ne ressemblaient pas aux premiers : c'étaient des plébéiens, tandis que ceux qui étaient façonnés étaient des nobles. Il existe un mythe grec selon lequel
Prométhée a façonné les hommes avec de l'argile. Ce dieu a un fils, Deucalion, qui s'est uni avec sa cousine Pyrrha pour engendrer les différents rameaux du peuple grec. Peut-être les Tokhariens avaient-ils un mythe semblable, rattaché à celui des jumeaux ancêtres. Shennong, Fuxi et Nüwa étaient tous les trois des musiciens. Le premier d'entre eux aurait inventé le luth ou la cithare. L'invention de la cithare est également attribuée à Fuxi, et il aurait composé des chants dont on trouve les noms dans le commentaire de Wang Yi du
Chuci : Jiabian ou Laoshang. Quant à Nüwa, on lui doit l'orgue à bouche, qui aurait en fait été créé par des peuples de la Chine méridionale. On peut se demander si le talent musical de ces dieux a un rapport avec celui des Koutchéens. Ces derniers, étant de remarquables musiciens, avaient probablement des dieux musiciens. Toutes les caractéristiques de Fuxi et Nüwa ne sont pas passées en Chine. Selon les textes chinois, ils ne sont pas des dieux des morts et ils ne sont jamais assimilés à des chiens. On ne trouve jamais, en Chine, de représentation de Fuxi et Nüwa avec deux soleils, sans doute parce que le Soleil du Ciel et le Soleil de la .Terre étaient trop étrangers à la cosmologie chinoise. Enfin, Fuxi était probablement, chez les Tokhariens, le dieu du Nouvel An. En Chine, ce n'est pas le cas, mais Fuxi est connu pour être le dieu du printemps.

Serge Papillon

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