Section 3.4

Publié le par Ysia

Section 3.4

S. Ainsi c’est ce que j’ai entendu. Le bouddha se trouvait alors dans le pays de Śrāvasti, le bois de Jeta, le parc de Anāthapindada, avec la foule des 1250 grands moines mendiants. Alors, au moment du repas, le vénéré du monde vêtu de sa robe et tenant sa sébile entra dans la grande cité de Śrāvasti pour y mendier son repas. Après avoir mendié dans l’ordre, il retourna à sa résidence d’origine. Le repas fini, il rangea sa sébile et son vêtement. Lui ayant lavé les pieds, on mit un siège à sa disposition et il s’assit. A ce moment, le vénérable Subhūti, au milieu de la foule, se leva de son siège, découvrit l’épaule droite et mit son genou droit à terre. Il joignit les mains révérencieusement et s’adressa au bouddha :

- Comme c’est rare, ô vénéré du monde ! Leur pensée ne le quittant pas, l'être Vérité guide bien les êtres qui aspirent à la voie. Vénéré du monde, les hommes et les femmes de bien qui aspirent à l’esprit d’éveil insurpassé et parfait, comment doivent-ils demeurer ? Comment doivent-ils discipliner leur esprit ?

Le bouddha déclara:

- Bien, bien Subhūti ! Comme tu le dis, leur pensée ne me quittant pas, moi, l'être Vérité, guide bien les êtres qui aspirent à la voie. A présent, écoute religieusement ce que je vais te dire. Les hommes et les femmes de bien qui aspirent à l’esprit d’éveil insurpassé et parfait doivent ainsi demeurer et ainsi discipliner leur esprit.

- Oh, oui , Vénéré du monde ! C’est avec joie que je souhaite vous entendre.

Le bouddha déclara à Subhūti :

- Tous les bodhisattvas, les grands êtres, doivent ainsi discipliner leur esprit. Quelle que soit l’espèce des créatures, qu’elles soient issues de l’œuf ou de l’utérus, d’un suintement ou d’une apparition, qu’elles aient une forme ou qu’elles n’en aient pas, qu’elles soient douées de cognition ou qu’elles ne le soient pas, ou ni l’un ni l’autre, je leur permets d’entrer dans le nirvāṇa où rien ne reste et les fais passer. C’est ainsi que s’éteignent et passent les immensurables, innombrables créatures à l’infini, mais réellement nulle créature ne s’éteint ni ne passe (1).

C. Ainsi c’est dans l’observance (2) de ce qui est précédemment mentionné. Extinction et passage sont la grande libération. La grande libération, c’est quand passions et vices ainsi que l’entrave de tous nos actes passés sont complètement éteints et qu’il n’y a plus rien à assouvir, c’est ce que l’on appelle la grande libération. Les immensurables, innombrables créatures illimitées ont chacune en soi primitivement toutes les passions, convoitise et courroux et actes mauvais. Sans les éliminer, elles ne seront finalement pas libérées. C’est pourquoi il est dit c’est ainsi que s’éteignent et passent d’immensurables, innombrables créatures illimitées. Tous les êtres égarés peuvent s’éveiller à leur propre nature. Au commencement, nous savons que le bouddha était aveugle à son individualité (3) et n’avait nulle conscience. Pourquoi ferait-il fait passer les créatures ? Ce n’est que parce que les êtres ordinaires ne voient pas leur propre esprit originel qu’ils n’entendent pas (4) la volonté bouddhique. S’agrippant aux attributs (5) de toutes les choses, ils ne pénètrent pas le principe du non-agir. Lorsque l’ego n’est pas éliminé, ils ont pour nom créatures. Si elles s’en détachent, aucune créature réellement ne s’éteindra ni ne passera. C’est pourquoi il est dit : quand l’esprit d’erreur ne réside nulle part, c’est l’éveil. La naissance et la mort sont fondamentalement égales au nirvāṇa (6). Où y-a-t-il extinction et passage ?

(1) Dans la définition de l’esprit quaternaire ( Daochuan, T. 1512), il est dit que le troisième, l’esprit immuable, est qu’il n’y a réellement aucune créature qui n’ait obtenu un quelconque salut. L’esprit immuable signifie que la nature de bouddha et le corps de loi demeurent invariablement en chaque créature. Il en existe trois catégories : celles dont le corps de loi est entièrement recouvert par les impuretés ; celles qui cultivent le cheminement et tranchent l’état de confusion permanent et dont le corps n’est que partiellement pur ; celles qui ont accompli le cheminement des dix terres, qui ont entièrement tranché l’obstacle des confusions mentales et qui sont complètement purs et immaculés. L’esprit immuable (T.1699), c’est aussi témoigner invariablement sa compassion à tous les êtres. Il est essentiel de ne pas différencier entre les créatures car ce serait à la fois nier leur essence bouddhique et se rendre coupable du péché d’orgueil. Ainsi le dit Yinshun, l’aspiration à l’éveil a pour clef de voûte le vœu de faire passer les créatures, c’est pourquoi la clef de voûte est aussi la vacuité du moi.

Réellement aucune créature ne s’éteint ni ne passe du fait de la vacuité de la nature propre, de l’identité des substances corporelles, de la quiétude originelle et de l’absence de pensée (Zongmi). Qu’il n’y ait réellement aucune créature qui ait obtenu de passer, c’est maîtriser notre vision discriminante des autres, trancher les vues erronées dont celle illusoire de la permanence des êtres (Jizang).

(2) Dans le manuscrit le plus ancien on trouve le caractère 持 (Enô kenkyû, p.427) au lieu de 指 (ZZ.38-4, p.333a, Daochuan p.351b)

(3) svalaksana

(4) Le terme parijnāna signifie connaissance complète。 Dans l’idéogramme 識 il y a les éléments de la parole言 et du son音, ce qui me rappelle l’ensemble des facultés discursives que gouverne l’entendement.

(5) 法相 (ZZ.38-4, p.351c) au lieu de 相

(6) Quelle signification donner à l’erreur妄 ?

妄心無處即菩提。生死涅槃本平等quand l’esprit d’erreur ne réside nulle part, c’est l’éveil. La naissance et la mort sont fondamentalement égales au nirvāṇa

Il s’agit d’une citation que l’on retrouve notamment dans 首楞嚴義疏注經 (No. 1799 子璿集, Vol. 39) un commentaire du Śūraṃgama-sūtra de l’époque Song.

Il faut entendre qu’il n’y a pas de différence entre les êtres en ce qui est de leur potentiel à parvenir au nirvāṇa.

Comment est utilisé le concept de l’erreur dans le Sûtra de la plate-forme ? Il faut comprendre qu’au sein de l’erreur subsiste la nature pure (section 36, p.67) et que la terre spirituelle, dénuée d’erreurs, est la discipline de la nature propre (section 41, p. 72). Détachez-vous des pensées erronées et votre nature originelle se dévoilera dans sa pureté ! (section 18, p.44) Qu’entend-on par « en sa propre nature, passer par soi-même sur l’autre rive » ? En dépit des vues hérétiques et des passions, de l’ignorance et de l’inconscience, des illusions et des erreurs, c’est posséder soi-même, en son propre corps formel, la nature de l’éveil originel. (section 21, p.48-49)

Le soleil et la lune brillent continuellement. C’est seulement lorsqu’ils sont cachés par les nuages qu’ils éclairent le haut, mais que le bas est assombri. Le soleil, la lune, les étoiles et les planètes ne peuvent plus alors être distingués. Soudain, quand survient un vent de sagesse qui dissipe, par son souffle, et fait rouler tous les nuages et les brumes, apparaissent aussitôt les dix mille phénomènes. La nature humaine est aussi pure qu’un ciel limpide. La sagesse se compare au soleil et la connaissance, à la lune. Sagesse et connaissance éclairent constamment, mais, dans notre attachement aux circonstances extérieures, les nuages flottants des pensées erronées voilent la nature propre qui ne peut plus briller. (section 20, p.46)

Sûtra de la plate-forme

Publié dans Bouddhisme Zen

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