Section 3.3

Publié le par Ysia

Section 3.3

S. et les fais passer (1).

C. L’être Vérité montre que les êtres des neuf terres (2) ont tous l’esprit subtil (3) du nirvāṇa qui les porte à s’éveiller et à pénétrer où rien ne reste (4). Où rien ne reste, c'est sans le superflu des vices et des passions. Le nirvāṇa a le sens de plénitude et de pureté. C’est éliminer tous les vices et ne jamais les laisser naître. S’étant accordé à le faire, le passager qui effectue le voyage traverse l’océan de naissance et de mort. L’esprit de bouddha, dans son équanimité, souhaite que toutes les créatures dans leur universalité pénètrent ensemble le nirvāṇa de plénitude et de pureté, où rien ne reste, traversent ensemble l’océan de naissance et de mort et témoignent ensemble de l’expérience bouddhique. Il y en a qui, face à l’éveil ou à la pratique bouddhique, s’imaginent y être parvenus mais ne font naître que l’attribut de l’ego ; c’est ce que l’on appelle la fausse conception du soi (5). Extirper entièrement cette fausse conception, c’est ce qui est nommé faire passer.

(1) C’est éteindre滅le brasier mental, éteindre烕par les eaux 氵l’incendie des vices et des passions et permettre aux hommes d’atteindre l’autre rive度autrement nommée le nirvāṇa. Le bouddha est le passeur ; les hommes sont les passagers. Ainsi se définit la transcendance.

(2) - que sont la terre de la sphère du désir, les quatre terres de la sphère de la forme et les quatre terres de la sphère de l’absence de forme –

(3) 妙subtil

(4) Nirvana where nothing is left (Poppe Nicholas The Diamond Sutra, Wiesbaden : Otto Harrassowitz,1971)

(5) « Je pense donc je suis cartésien » n’est que l’usurpation flagrante d’une pseudo-entité dont l’ignorance contribue à s’arroger illégitimement les seuls droits de l’existence et de l’authenticité. Propos recueillis dans la revue Troisième Millénaire

J’aime le Tao et ainsi je progresse dans mon art. Au début de ma carrière, je ne voyais que le bœuf. Après trois ans d’exercice, je ne voyais plus le bœuf. Maintenant c’est mon esprit qui opère plus que mes yeux. Mes sens n’agissent plus, mais seulement mon esprit. Je connais la conformation naturelle du bœuf et ne m’attaque qu’aux interstices. Si je ne détériore pas les veines, les artères, les muscles et les nerfs, à plus forte raison les grands os ! Un bon boucher use un couteau par an parce qu’il ne découpe que la chair. Un boucher ordinaire use un couteau par mois parce qu’il le brise sur les os. Le même couteau m’a servi depuis dix-neuf ans. Il a dépecé plusieurs milliers de bœufs et son tranchant paraît toujours comme s’il était aiguisé de neuf. A vrai dire, les jointures des os contiennent des interstices et le tranchant du couteau n’a pas d’épaisseur. Celui qui sait enfoncer le tranchant très mince dans ces interstices manie son couteau avec aisance parce qu’il opère à travers les endroits vides. C’est pourquoi je me suis servi de mon couteau depuis dix-neuf ans et son tranchant paraît toujours comme s’il était aiguisé de neuf. Chaque fois que j’ai à découper les jointures des os, je remarque les difficultés particulières à résoudre, et je retiens mon haleine, fixe mes regards et opère lentement. Je manie très doucement mon couteau et les jointures se séparent aussi aisément qu’on dépose de la terre sur le sol. Je retire mon couteau et me relève ; je regarde de tous côtés et me divertis ici et là ; je remets alors mon couteau en bon état et le rentre dans son étui.

L'Oeuvre complète de Tchouang-tseu, Liou Kia hway

Publié dans Bouddhisme Zen

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