Essais

Publié le par Ysia

Sur la Route de Turfan

Dans le désert se profilent à l’horizon dunes après dunes, monts après monts, sable rocailleux, doré, noir, roux.  Soudain apparaissent des oasis de champs de coton où s’affairent hommes, femmes et enfants.  Vignes et champs de maïs quadrillés  par des rangées de bouleaux au bois blanc. Alors reprend le paysage de désert où mines et fabriques de briques se pointent éparses dans l’univers de canyons qui se poursuit à l’ infini. Paysage découpé dans le sable et la roche que le vent a dessiné et l’homme a démarqué. Impressionnantes sculptures de sable auxquelles succèdent platitude et vide éblouissant sous le soleil feutré par les traînées nuageuses alors que se multiplient à l’horizon les machines de forage et leur mouvement sans cesse du haut vers le bas.

La vie est un désert qui se perd à l'horizon. Aride de vérité, elle offre des mirages d'hypocrisie aux regards des hommes et des femmes qui errent inexorablement. Ses oasis de paix ne sont atteints que grâce aux qualités de foi et de raison, une fois qu'arrogance et mensonge ne glissent plus à leurs oreilles les rumeurs enivrantes des plaisirs illusoires.

 

Narcisse et Echo

Les mémoires nous taraudent, quand la mémoire collective a été raturée  Édouard Glissant.

Le corps porte la trace de la mémoire collective. Mémoire orale, auditive, visuelle. L'âme est bâtie des cendres ancestrales, de la poussière originelle qui flotte et s'envole en spasmes et ellipses dans le vent  ! L’énergie se meut pareille à une spirale !  La mémoire des gènes (autrement nommée l’empreinte parentale) est un message légué par l’ancêtre. D’où vient l’inspiration de l’artiste  des grottes?

Primitif signifie un premier pas, un commencement.

D’où vient l’élan artistique ? Parle-t-on d’un saut collectif ou individuel ? Parle-t-on d’un effort inconscient ou conscient, lié à la vie psychique de l’être ?

Pour qu’une description du cerveau puisse être donnée et qu’une théorie pérenne des Arts soit établie dans le cadre de cet effort,  il faut procéder par étapes à la lumière convergente des sciences du cerveau, de la neuropsychologie et de la biologie du développement cérébral. (Consilience, the Unity of knowledge, Edward O. Wilson, First Vintage books Edition, April 1989, p. 236, New York : Knopf : Distributed by Random House, 1998)

Par la puissante dynamique des forces pures, l’énergie créatrice danse sous le regard, pareille à une ronde magique sous les mains de l’artiste. C’est du visible que surgit l’inconnu, une énergie multiforme qui se déforme et se reforme inlassablement. A la racine de l'énergie se trouve l’inconscient. Du visible à l’invisible. Du connu à l’inconnu. De l’archétype au prototype. Et de l’inconscient de l’activité humaine jaillit la beauté archaïque. Par une schématisation, une simplification extrême,  l’expression primitive se perpétue… De l’œil de la pirogue à l’entrée de la grotte des Origines…

Figures anthropomorphes

 

It takes a lot of time to be a genius, you have to sit around so much doing nothing, really doing nothing (Gertrude Stein, Everybody's Autobiography)  

C’est dans l'imaginaire que l'on puise la sagesse de vivre et de créer. Le sculpteur Ousmane Sow a dit porter en lui les ethnies qu’il cherche à sculpter et peut laisser mûrir une idée pendant des mois voire des années. Le masque ancien figé dans l'instant, objet inamovible de pierre, symbolise le tâtonnement dans la nuit , la perception fragile de l'essence des êtres et du monde. Il y a une force inimaginable dans la pétrification sur pierre ou sur bois d’une figure anthropomorphe ou d’un visage affublé de cornes rappellant l’expression bucolique. Cornes, comme le dit Claudel, « qui s'élèvent au-dessus de la tête et se recourbent sur elles-mêmes » comme pour se piquer au sang, acte suicidaire symbolique. Visages pensifs fixant leur regard vide sur l’homme moderne comme l’ombre de lui-même.

Les sens

 

rien ne peut mieux guérir l'âme que les sens, comme rien ne saurait mieux que l'âme guérir les sens.

Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray

 

De l’unique au multiple, la diaspora de mes sens se disperse dans le silence, l’oubli et l’incompréhension. C’est le déracinement qui crée la blessure de mon âme. Même si je vois un sourire, c’est la souffrance que je ressens. Un jour, je laisserai se déverser mon cœur qui jettera des flots de désespoir. Mais pour l’instant, c’est mon esprit qui s’exprime et mon âme qui s’instruit. Un jour, j’en appellerai à mes ancêtres qui crieront : Liberté !  La vie, pareille à la frêle existence des fleurs printanières qui bourgeonnent et flétrissent dans un cycle ininterrompu de reproduction, me confiera son secret.

Aux cinq sens que sont l’odorat, l’ouïe, le son, le toucher et le goût, il faut ajouter le sens de perception de la chaleur (ou sensibilité thermique), le sens de perception de la douleur, le sens de proprioception ou la sensibilité telle que définie par la perception qu'a l'homme de l’activité et du mouvement de son propre corps et le sens de l’équilibre établi par le système vestibulaire. A ceux-ci s’ajoutent dans le règne animal l’écholocation,  la magnétoception et l’électroception. Stimulus que mettent en branle des perceptions ressenties à tous niveaux par des récepteurs. Voies sensorielles captées vers le cerveau qui les traduit sur le clavier de son cortex sensoriel.

Couleurs primaires

Il me vint l’envie de peindre en couleur, le désir  de remplir ce vide de couleurs bigarrées, lumineuses et mondaines. Je découvris les couleurs et les utilisai dans mes dessins à l’encre noire. Des couleurs  primaires, mélancolie du lien avec la terre, souvenir des grottes de Lascaux ou des chambres mortuaires du Gansu ou d’ailleurs, souvenir d’une épopée murale sur la Route de la soie qui s’étend d’Est en Ouest dont les grottes de Dunhuang sont témoins. Couleurs basiques, primaires, fondement de vie !  Mon horizon s’illumine d'un irrésistible désir de jouer avec elles.

Encre de Chine

Formes primaires. Cercles ou lignes,  allongées et vivantes dans leur apparition poétique à la fois réelles et expressives. bstractions chimériques de l’ultime connaissance. Telles des apparitions immédiates de ce que je perçois. Connaissance des secrets de l’univers, d’un mystère commun, d’un non vu, non créé. Poésie de ces instants premiers. Énigme sans solution ni raison qui ne se prête pas à l’analyse. Grâce divine qui pare les élus d’atouts de prédilection.

Traits : Éléments primordiaux par lesquels jaillit la lumière de l’esprit et se révèle la puissance créatrice. L’au-delà, le bond vers l’absolu, le néant, le vide avant la création, l’incréé, le non-agir.

L’encre de Chine est belle et sensuelle, d’une beauté nue et pure. Je l’ai découverte et ne semble plus vouloir m’en passer.

Dessins à l’encre, ébauches sur le modèle d’une poterie tripode à tête d’aigle, d’une bouteille de céramique à tête humaine, d’une coupe à vin de bronze en forme de hibou. Vierges Noires d’Auvergne et Peintures Murales de l’Abbaye de Saint-Savin sont venues s’ajouter à la longue liste des pièces anciennes, chinoises ou d’ailleurs !!!

Contours et préhistoire : Quelque chose s’illumine, se métamorphose quand l’encre joue avec les lignes, le pinceau avec l’image abstraite. Des contours primaux. Juste les traits, les arrondis et les arcs à l’ infini. Lascaux résonne et je lui réponds !

Publié dans Cheminement

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